Antoine est en train de s’habiller, formé par le collège à une célérité silencieuse.

—Allons, Antoine, allons! gronde la petite fée en argent.

Il tourne vers elle une figure barbue et préoccupée, des yeux noirs et blancs de bon rastaquouère:

—Tiens, Minne, mets-moi donc le bouton de ma manchette gauche.

—Je ne peux pas, j’ai mes gants.

—Tu pourrais en ôter un...

Il n’insiste pas davantage, mais la même préoccupation revient peser sur ses sourcils. Minne s’admire dans le miroir incliné d’une vieille psyché reléguée dans ce coin, et qu’elle ne consulte jamais: il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre dans une glace inconnue...

Elle chante soudain, de sa voix de petite fille, aiguë et pure:

J’ai du di,
J’ai du bon,
J’ai du dénédinogé,
J’ai du zon, zon, zon,
J’ai du tradéridera;
J’ai du ver-t-et-jaune,
J’ai du vi-o-let,
J’ai du bleu teindu,
J’ai de l’orangé!

Antoine s’est retourné, saisi: