Elle soupire, si comiquement et maternellement désabusée que la morose humeur d’Antoine se fond en chaude tendresse et qu’il a recouvré, en gravissant l’escalier du Châtelet, l’agressif orgueil de tout homme qui promène à son bras une très jolie créature.
—Regarde, Antoine, Irène Chaulieu... là, dans une loge, avec son mari...
—Et avec Maugis. Est-ce qu’il lui ferait la cour?
—La belle affaire! dit Minne impertinente. Il me la fait aussi, à moi!
—Non?
—Parfaitement! L’autre soir, chez les Chaulieu, si j’avais voulu...
—Pas si haut, donc! Tu as une façon de parler bas!... Alors, Maugis a osé te... te...
—Oh! Antoine, je t’en supplie, pas de scène conjugale ici, surtout à cause de Maugis! ça n’en vaut pas assez la peine... Et puis, tais-toi, voilà Pugno qui s’installe.
Il se tait. Au fond il s’en fiche, de Maugis. Son malaise, récent, dépend de Minne, de Minne seule. Il pense bien, mon Dieu, il est sûr que Minne ne fait pas de bêtises; il a peur seulement qu’elle ne recommence à mentir pour le plaisir de mentir, qu’elle ne cultive de nouveau ce jardin pervers, féerique, mal connu, où erra toute son enfance de fillette mystérieuse...
—Tiens! le petit Couderc, remarque-t-il distraitement.