Jacques Couderc se tait, découragé, et l’entracte vient à propos lui permettre de sortir, de remuer, de promener son mal... Un court instant, il médite d’attendre Antoine et de saluer Minne, de l’effrayer; mais une espèce de torpeur morale l’en empêche. Tout ce qu’il veut préparer, préciser, se dissout à mesure et il descend, lâchement, le grand escalier.
Cette fuite honteuse donne à Minne, les jours suivants, une grande sûreté de soi, la conscience d’être, cette fois, la plus forte... La semaine du jour de l’an, qui trouble même les calmes abords de la place Pereire, maintient d’ailleurs Minne, de force, parmi les soucis de bonbons, de visites, de cartes et de cadeaux. Son esprit, sournois et fantasque, jamais léger, se détache de la brève et méchante aventure d’amour... Elle s’affaire comme une demoiselle de chez Boissier, rédige des listes de visites, glisse des Christmas-Cards dans des enveloppes, et reprend un air soucieux de fillette qui joue à la dame. Elle accueille Antoine, dès qu’il rentre, par des questions précises et malveillantes:
—Et les d’Hauville? c’est comme ça que tu as pensé à leur petit garçon?
—C’est vrai, je l’ai oublié!
—J’en étais sûre!
—Et cette vieille sorcière de mère Poulestin?
—Oh! zut! encore une!
Il baisse un nez mélancolique.
—Enfin, mon ami, s’il faut que je sois seule pour penser à tout, vraiment, ce n’est pas un métier!...
Et puis, est-ce «un métier», je vous le demande, d’aller voir demain l’oncle Paul, ce malade hostile qu’elle devra embrasser—embrasser!—sur son front couleur de buis? Horreur!... Elle s’énerve d’avance, et ravage à deux mains sa chevelure: