—Des peintres japonais, parbleu! Oui, nous en avons, nous en avons, dis-je, de quoi occuper une semaine de visites honnêtes. Vous viendrez?
—Je ne sais pas... Peut-être... oui...
—Mais, vous savez, pas de blagues! Je suis un homme sérieux! Vous me jurez d’être sage?
Elle rit, ne promet rien, et le quitte, sur un adieu gentil du bout des doigts.
«Ah! la jolie gosse! soupire Maugis. Dire que, si je m’étais marié, c’est peut-être comme ça que serait ma fille!...»
Quand Minne arrive, essoufflée, Antoine est à table. Il est à table et mange son potage. Il est à table, le fait est certain. Minne, suffoquée, n’en peut croire ses yeux. Dans la salle à manger on n’entend que le bruit agaçant de la cuiller sur l’assiette. À chaque va-et-vient du bras d’Antoine, le ventre poli de la lampe de cuivre reflète une main monstrueuse, le bout d’un nez fantastique.
—Comment? tu es à table? Quelle heure est-il donc? Je suis en retard?
Il hausse les épaules:
—Toujours la même chanson! Naturellement, tu es en retard! Peux-tu faire autrement? Il faudrait que le Palais de Glace brûle, pour que tu rentres!
Minne comprend que c’est la «scène», la première digne de ce nom. Elle ne fera rien pour l’éviter. Elle retire de son feutre les longues épingles, violemment, comme de leur gaine autant de poignards, et s’assied, face au danger.