—Tu ne manges pas?

—Non. Tu as, pour mettre les gens en appétit, un procédé auquel il me faudra le temps de m’habituer.

«C’est cela, rage Antoine: elle s’en va, je ne sais où, pendant que je trime, et c’est elle qui va me flanquer un galop! Ah! quel mari j’ai été jusqu’ici!...»

—Alors, je ne peux rien dire? crie-t-il. Tu peux courir des journées entières, je ne sais pas avec qui, je ne sais même pas où, et, si je risque une observation, Mademoiselle s’en va...

—Pardon: Madame! interrompt-elle froidement. Tu oublies que nous sommes mariés.

—Tonnerre de Dieu! non, je ne l’oublie pas! Il faut que ça change, et nous allons voir...

Minne se lève, plie sa serviette.

—Qu’est-ce que nous allons voir, sans indiscrétion?

Antoine fait de prodigieux efforts pour rester calme et pique la nappe du bout d’un couteau. Sa barbe tressaille, son nez chevalin se barre d’une grosse veine qui bat... Minne, les mains lentes, redresse, dans la verdure du surtout, une fougère qui tremble...

—Nous allons voir! éclate-t-il. Nous allons voir pourquoi tu n’es plus la même!