Minne, pouvez-vous me recevoir un jour de cette semaine, demain, par exemple? Si vous ne voulez pas venir chez moi, vous pourriez me fixer un rendez-vous au British: avant quatre heures, il n’y a jamais personne.

«JACQUES.»

«Quelle bête de lettre!» se dit Minne en haussant les épaules. «Il écrit comme un commis de magasin, ce petit Couderc.»

Elle relit: «Minne, pouvez-vous me recevoir...» et demeure pensive, l’index entre ses dents coupantes. Ce billet, dans sa gaucherie, est inquiétant. Et puis la raideur de l’écriture, l’absence de formule respectueuse ou tendre... «Si je demandais conseil à Maugis?» À cette idée baroque, son audacieux sourire s’épanouit. Elle marche nerveusement dans sa chambre, tambourine la vitre qu’effleure un bourgeon de marronnier, gonflé et pointu comme une fleur en bouton... Le vent faible, qui sent la pluie et le printemps, soulève le rideau de tulle. Une désolation sans but, un vide désir enivre le cœur de l’enfant solitaire, que son indifférence physique garde iniquement, absurdement pure après ses fautes, et qui cherche, parmi les hommes, son amant inconnu.

Elle les touche, puis les oublie, comme une maîtresse en deuil, sur un champ de bataille, retourne les morts, les regarde au visage, et les rejette et dit: «Ce n’est pas lui.»

—Monsieur Maugis?

—Il est sorti, mademoiselle.

Minne n’avait pas prévu cela.

—Vous ne savez pas quand il rentrera?

—L’irrégularité de ses habitudes ne permet guère de le conjecturer, mademoiselle.

Étonnée, «Mademoiselle» lève les yeux sur l’homme qui parle, et reconnaît que ce visage rasé n’est pas celui d’un valet de chambre. Elle hésite: