Maugis sent lui manquer, pour la première fois, sa vieille expérience des très jeunes femmes...
—Ça, tout de même, ce n’est pas banal! Ma petite enfant, voyons! Eh! Zut! je ne sais plus, moi! De quoi est-ce que nous avons l’air, je vous le demande!... Voyons, voyons...
Il la reporte au divan, l’y couche, rajuste la chemise qui drape en pagne les hanches de Minne, lisse les doux cheveux mêlés. Sa main d’abbé grassouillet essuie, légère, les larmes pressées, glisse un coussin sous les reins nus de son étrange conquête...
Minne s’apaise, sourit, sanglote encore un peu. Elle regarde, comme si elle s’éveillait, cette chambre ensoleillée. Contre la tenture d’un vert favorable, un buste de marbre tord ses épaules voluptueuses et musclées. Jetée au dos d’un siège, une robe japonaise est plus belle qu’un bouquet...
Les yeux de Minne vont de découverte en découverte jusqu’à cet homme assis près d’elle. Ce gros Maugis à moustache de demi-solde, c’est donc mieux qu’une éponge à whisky, mieux qu’un trousseur de jupes courtes? Le voilà tout ému, sa cravate de travers! Il n’est pas beau, il n’est pas jeune, et pourtant c’est à lui que Minne doit la première joie de sa vie sans amour: joie de se sentir chérie, protégée, respectée...
Timide, filiale, elle pose sa petite main sur la main qui l’a soignée, la main qui a, tout à l’heure, remonté sa chemise glissante...
Maugis renifle et enfle sa voix:
—Ça va mieux? on n’est plus nerveuse?
Elle fait signe que non.
—Un peu de porto blanc? Oh! du porto pour gosses: un vrai sucre!