—Ah! Minne, c’est cela, c’est cela! Après vous, toutes les autres femmes...

—Il n’y a pas d’autres femmes, si vous m’aimez!

—Non, Minne, il n’y a pas d’autres femmes...

—On ne doit pas pouvoir changer d’amour, n’est-ce pas? quand on aime... On meurt, on vit du même amour? C’est bien cela? Dites-le! Dites-le!

—Oui, Minne.

—Attendez, dites-moi encore... Vous m’avez aimée, comme ça, brusquement, sans savoir ce qui vous arriverait, sans le prévoir? Oui?... Et l’amour vient ainsi, traîtreusement, à son heure? Il vous saisit, quand on se croît libre, quand on se sent affreusement seul et libre?

—Oh! oui, gémit-il, c’est cela!

—Attendez!... L’amour, on me l’a dit, peut venir à tout âge, à des vieillards secs et froids, embraser tout à coup la fin d’une vie qui perdait le désir même de sa flamme? Il peut venir—dites-le-moi, vous qui aimez!—à des infirmes, à des maudits, à... à moi-même?

Grave, il incline la tête.

—Qu’un dieu vous entende! exhale-t-elle avec ferveur. Et si vous m’aimez, laissez-moi en repos, pour toujours!