Elle court derechef vers l’avenue de Villiers, légère, délivrée. Elle accomplit machinalement les gestes quotidiens, franchit le vestibule, renvoie l’ascenseur, sonne, et se trouve en face de son mari... Antoine l’attendait.

—D’où viens-tu?

Elle cligne à la lumière vive, regarde son mari, saisie:

—Je... j’ai fait des courses.

Elle respire vite, ses mains nues tourmentent maladroitement le nœud de sa voilette. Ses yeux cernés errent, dépaysés, presque craintifs, et le chapeau enlevé laisse voir un somptueux désordre de cheveux renoués...

—Minne! crie Antoine d’une voix tonnante.

Toute pâle, elle protège son visage de ses bras levés, et son geste laisse voir l’écharpe mal attachée.... Son innocence se pare d’un charme si coupable qu’Antoine ne doute plus:

—D’où viens-tu, bon Dieu?

Qu’il est grand, tout noir devant la lampe! Ses épaules se voûtent, lourdes, pareilles à celles de l’Homme-des-Bois...

—Tu ne veux pas me dire d’où tu viens?