—Une casquette! Minne, tu as un grain, tu sais!
—Une casquette de cycliste oui... Et puis les cheveux... attends!
Elle détend ses jarrets comme une sauterelle, vient tomber à genoux contre lui et lui ôte son chapeau. Troublé, il ramène ses pieds sous lui et devient grossier:
—Vas-tu me fiche la paix, sacrée gosse!
Elle rit des lèvres, pendant que ses yeux sérieux reflètent, tout au fond, les petites montagnes, le ciel blanc de chaleur, une branche remuante du prunier... Elle peigne Antoine avec un petit démêloir de poche, manie son cousin sans plaisir, sans pudeur, comme un mannequin.
—Ne bouge donc pas! Là! comme ça les cheveux sur le front, et puis bien ramenés sur les côtés... Mais ils sont trop courts sur les côtés... C’est égal, c’est déjà mieux. Avec une casquette à carreaux noirs et violets...
Ces derniers mots ont évoqué trop vivement le languissant dormeur des fortifs,—elle se tait, laisse son mannequin et s’assied sans mot dire. «Encore une lune!» songe Antoine.
Lui non plus ne dit rien, remué de rancune et d’envie confuse. Cette Minne si près de lui—il aurait compté ses cils!—ces petites mains maigres, froides comme des souris, les doigts pointus courant sur les tempes, dans les oreilles... Le grand nez d’Antoine palpite, pour rassembler ce qui flotte encore du parfum de verveine citronnelle... Assis, humble et mécontent, il attend quelque reprise des hostilités. Mais elle rêve, les mains croisées, le regard vague devant elle, inattentive à la gêne d’Antoine, à sa laideur don-quichottesque: grand nez osseux et bon, grands yeux cernés d’adolescent, grande bouche généreuse aux dents carrées et solides, teint inégal, enflammé au menton de quelques rougeurs...
Soudain, Minne s’éveille serre les lèvres, tend un doigt pointu:
—Là-bas! dit-elle.