—Alors quoi?

—Tu me diras encore?...

Il a renoncé à toute parade de dédain, il penche sa longue taille vers cette petite reine indifférente, qui abrite tant de secrets sous ses cheveux de poudre blonde...

—Je verrai, dit-elle.

—Je peux entrer, Antoine? crie la voix aiguë de Minne derrière la porte.

Antoine, effaré comme une vierge surprise, court de côté et d’autre en criant: «Non! non!» et cherche éperdument sa cravate. Un petit grattement d’impatience et Minne ouvre la porte:

—Comment «non, non»? Parce que tu es en bras de chemise? Ah! mon pauvre garçon, si tu crois que ça me gêne!

Minne, en bleu de lin, les cheveux lisses sous le ruban blanc, s’arrête devant son cousin, qui noue d’une main nerveuse sa cravate enfin retrouvée. Elle le dévisage de ses profonds yeux noirs, où tremble et se mire l’herbe fine des cils. Devant ces yeux-là, Antoine admire et se détourne. Ils ont la candeur sévère qu’on voit aux yeux des bébés très jeunes, ceux qui sont si sérieux parce qu’ils ne parlent pas encore. Leur eau sombre boit les images, et, pour s’y être miré un instant, Antoine, gêné en manches de chemise comme un guerrier sans cuirasse, perd toute assurance...

—Pourquoi mets-tu de l’eau sur tes cheveux? questionne Minne agressive.

—Pour que ma raie tienne, donc!