—N’y touche pas, Minne! c’est sale!

—Pourquoi sale? Pas plus sale qu’une amande ou une noisette... C’est un escargot philippine!

Après cette grande pluie, la chaleur est revenue brutale, à peine supportable, et la Maison Sèche a refermé ses persiennes.

Comme le dit Maman, dolente dans ses percales claires: «La vie n’est plus possible!» L’oncle Paul tue dans sa chambre les lentes heures du jour, et la salle à manger sombre, pleine d’échos et de craquements, abrite de nouveau Minne alanguie, Antoine bienheureux... Il est assis en face de sa cousine et dispose mollement les treize paquets de cartes d’une patience. Il est ravi d’avoir devant lui Minne changée, qui a relevé hardiment ses cheveux en chignon haut «pour avoir frais». Elle découvre, en tournant la tête, une nuque blanche, bleutée comme un lis dans l’ombre, où des cheveux impalpables, échappés du chignon, se recroquevillent avec une grâce végétale.

Sous cette coiffure qui la déguise en «dame», Minne parade d’un air aisé et tranchant, qui relègue loin Antoine et ses essais d’élégance: pantalon de coutil blanc, chemise en tussor, ceinture haute bien sanglée... Sans qu’il s’en doute, avec sa chemise de soie rouge, ses cheveux noirs et son teint hâlé, il ressemble terriblement à un cow-boy du Nouveau-Cirque. Pour la première fois, Antoine éprouve l’indigence des moyens de plaire, et qu’un amoureux ne saurait être beau, s’il n’est aimé...

Minne se lève, brouille les cartes:

—Assez! il fait trop chaud!

Elle s’en va aux volets clos, applique son œil au trou rond qu’y fora un taret, et assiste à la chaleur comme à un cataclysme:

—Si tu voyais! Il n’y a pas une feuille qui bouge... Et le chat de la cuisine! il est fou, cet animal, de se cuire comme ça! Il attrapera une insolation, il est déjà tout plat... Tu peux me croire, je sens la chaleur qui me vient dans l’œil par le trou du volet!

Elle revient en agitant les bras «pour faire de l’air» et demande: