—Mon corsage? J’ai juste ma brassière et ma chemise en dessous... tâte!

Elle s’offre de dos, la tête tournée vers lui, cambrée et les coudes levés. Il tend des mains rapides, cherche la place plate des petits seins... Minne, qu’il a effleurée à peine, saute loin de lui, avec un cri de souris, et éclate d’un rire secoué qui lui emplit les yeux de larmes:

—Bête! bête! Oh! ça, c’est défendu! ne me touche jamais sous les bras! je crois que j’aurais une attaque de nerfs!

Elle est énervée, il la croit provocante, et d’ailleurs il a frôlé, sous les bras moites de la fillette, un tel parfum... Toucher la peau de Minne, la peau secrète qui ne voit jamais le jour, feuilleter les dessous blancs de Minne comme on force une rose—oh! sans lui faire de mal, pour voir... Il s’efforce à la douceur, en se sentant des mains singulièrement maladroites et puissantes...

—Ne ris pas si haut! chuchote-t-il en avançant sur elle.

Elle se remet lentement, rit encore en frissonnant des épaules, et s’essuie les yeux du bout des doigts:

—Tiens, tu es bon, toi! je ne peux pas m’en empêcher! ne recommence pas, surtout!... Non, Antoine, ou je crie!

—Ne crie pas! prie-t-il très bas.

Mais, comme il continue d’avancer, Minne recule, les coudes serrés à la taille pour garantir la place chatouilleuse. Bientôt bloquée contre la porte, elle s’y arcboute, tend des mains qui menacent et supplient... Antoine saisit ses poignets fins, écarte ses bras peureux et songe alors que deux autres mains lui seraient en ce moment bien utiles... Il n’ose pas lâcher les poignets de Minne incertaine, silencieuse, dont il voit bouger les yeux comme une eau remuée...

Des cheveux envolés frôlent le menton d’Antoine, y suscitent une démangeaison enragée qui se propage sur tout son corps en flamme courante... Pour l’apaiser, sans lâcher les poignets de Minne, il écarte davantage les bras, se plaque contre elle et s’y frotte à la manière d’un chien jeune, ignorant et excité...