Une ondulation de couleuvre le repousse, les poignets fins se tordent dans ses doigts comme des cous de cygnes étranglés:
—Brutal! Brutal! Lâche-moi!
Il recule d’un saut contre la fenêtre, et Minne reste contre la porte où elle semble clouée, mouette blanche aux yeux noirs et mobiles... Elle n’a pas bien compris. Elle s’est sentie en danger. Tout ce corps de garçon appuyé au sien, si fort qu’elle en sent encore les muscles durs, les os blessants... Une colère tardive la soulève, elle veut parler, injurier, et éclate en grosses larmes chaudes, cachée dans son tablier relevé...
—Minne!
Antoine, stupéfait, la regarde pleurer, tourmenté de chagrin, de remords, et de la crainte aussi que Maman revienne...
Minne, je t’en supplie!
—Oui, sanglote-t-elle, je dirai... je dirai...
Antoine jette son mouchoir à terre, d’un mouvement rageur:
—Naturellement! «Je le dirai à Maman!» Les filles sont toutes les mêmes, elles ne savent que rapporter! Tu ne vaux pas mieux que les autres!
Instantanément, Minne découvre un visage offensé où les cheveux et les larmes ruissellent ensemble.