L’une des deux femmes vient de se lever; elle porte le tablier, le corsage indigent et criard, le chignon en casque, d’un noir métallique, si lisse, si tendu qu’il miroite, en carapace d’insecte batailleur. Minne regarde avidement et compare ce qui lui manque, à elle, c’est ce chic particulier de coiffure dont pas un cheveu ne s’échappe, c’est ce corsage de laine rouge qu’un papillon de grossière dentelle agrafe au cou. C’est surtout ce je ne sais quoi, dans l’attitude, d’agressif et de découragé, ce cynisme et cette veulerie d’animal qui vit, se nourrit, se gratte et se satisfait en plein air... «Ceux-ci sont désormais les miens», se dit Minne, orgueilleuse. «Ils me diront, si je les questionne, où m’attend Le Frisé...»

La femme, qui s’est levée, étire ses bras masculins avec un bâillement rugissant: on voit un dos large, barré par la saillie du corset. Elle tousse convulsivement, et jure le nom de Dieu d’une voix épuisée.

«Il faut pourtant que je me décide!» s’écrie Minne en elle-même. Le chignon assuré, les mains dans ses poches en cœur, elle sort de sa guérite d’ombre et s’avance, un pied au bord de la jupe:

—Pardon, mesdames, vous n’avez pas vu passer un homme, grand, qui se balance un peu en marchant?

Elle a parlé haut, vite, en petite comédienne qui a plus de feu que d’expérience. Les deux créatures, collées du dos au mur, regardent stupidement cette enfant déguisée.

—Qu’est-ce que c’est que ça? demande la voix épuisée de celle qui toussait.

—C’est une gosse, dit l’autre. Elle est rigolote.

En bas, le gringalet, ramassé en crapaud, rit par secousses, puis élève une voix nasillarde de bossu:

—Qui s’ tu serches, la môme?

Blessée, Minne abaisse sur l’avorton un regard royal: