—Je cherche Le Frisé.
L’avorton se lève, cérémonieux, en découvrant un crâne aux cheveux rares:
—Le Frisé, c’est moi, pour vous servir...
Au rire des deux femmes, Minne fronce les sourcils et va passer outre, quand le rôdeur s’approche davantage et lui glisse ces mots en confidence:
—Je suis frisé, mais ça ne se voit que dans l’intimité.
Puis, comme il avance vers la taille de Minne une main sournoise, elle frémit de tous ses nerfs et fuit, poursuivie une minute par un traînement de savates agiles, qu’interrompt la voix des deux femmes:
—Antonin! Antonin! laisse-la donc; je te dis!
Ce n’est pas la peur qui fait bondir ainsi le cœur et les pieds ailés de Minne, mais l’orgueil offensé, la brûlure humiliée d’une reine étreinte par un valet. «Ils n’ont pas pressenti qui j’étais! Malheur à eux s’ils m’appartiennent plus tard! Je lui dirai, à lui... mais où le trouver, mon Dieu?...» Elle marche vite, déjà trop lasse pour courir. Cette route et ce talus, depuis combien de temps les longe-t-elle? Comme il y a peu de monde, cette nuit! Où sont-ils tous? Peut-être y a-t-il grand conseil dans une carrière?... Elle veut s’asseoir sur un banc, pour vider ses pantoufles qui s’emplissent de sable, de petits cailloux pointus. Mais un couple serré, que désunit son approche, la chasse avec des paroles dont le sens lui demeure obscur...
Un «psst!» jailli du talus l’arrête, l’attire:
—C’est vous? crie-t-elle.