—Laissez donc, laissez donc, vous êtes trop modeste! Ah! si j’étais homme! À nous deux, nous remuerions le monde!... Quand on a votre force, votre jeunesse, votre...
Le beau regard oriental d’Irène s’appuie sur celui d’Antoine; ses cils, lourds de mascara, battent paresseusement comme l’aile d’un papillon pose... Il cligne, gêné, fatigué aussi par l’électricité crue qui tombe sur la nappe brodée et rejaillit blafarde jusqu’aux visages. Un coup de timbre lointain met fin à son supplice, et Chaulieu avertit sa femme d’un petit claquement de langue:
—Hep, Irène!
Elle se lève à regret, enroule son écharpe, accroche et entraîne des pelures de bananes, en disant tout haut:
—Déjà les cure-dents qui rappliquent! Je vais encore trouver au salon des têtes à quarante-cinq degrés. Tant pis, je n’y peux rien! Tout le monde voudrait dîner ici... Minne, vous ferez la jeune fille au salon, pour le café et les liqueurs.
Minne ne déteste pas cet office délicat qui consiste à manier, dans un salon encombré, des tasses fragiles, une cafetière, une pince à sucre... Elle y apporte des mains soigneuses, une application de fausse ingénue qui attendrit les dîneurs bien remplis.
—Quel trésor, mon cher, qu’une petite femme comme ça! Elle vous a une frimousse à repriser des chaussettes, tu ne trouves pas?
L’emballement de Maugis n’a plus de bornes. Il vient de se confier à un jeune poète, trop jeune pour n’être pas blasé sur la beauté des femmes...
—Quel petit cou à étrangler! Et ces cheveux! et ces yeux! et ces...
Irène Chaulieu survient, chétive et excitée.