Elle se tourne un peu du côté de Maugis, dont le souffle caresse son épaule: «Celui-ci... on ne peut pas lui reprocher d’être trop jeune, au contraire. Il n’est pas beau... Mais son assurance, sa voix de jeune fille, sa câlinerie blessante, et ce ... je ne sais quoi... Ah! oui! s’interrompt-elle résignée, le je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup!»

Jacques est revenu à Minne, qui lui tend sa main dégantée. Il l’effleure des lèvres, et attend pour Maugis une présentation qui ne vient pas. Maugis fume, suave et vague, les yeux vers l’azur pommelé du plafond... Minne se lève enfin, déplisse sa robe et marche vers la table qui porte des rafraîchissements, pour que son amant l’y suive...

—Un verre d’orangeade, chère madame?... Minne, supplie-t-il tout bas, vous saviez que vous veniez ici ce soir, et vous ne me l’avez pas dit...

—C’est vrai, avoue-t-elle. Je n’y ai pas pensé...

Elle lui parle de profil une coupe aux doigts, inondée de lumière crue. Ses cils retroussés semblent la flèche que lancent ses yeux aux aguets; le peu de champagne qu’elle a bu rosit sa petite oreille compliquée...

—Minne, poursuit-il, enragé de tant de grâce, jure-moi que tu ne voulais pas cacher ton flirt avec cet ignoble individu!

Elle tressaille, mais ne se tourne pas vers Jacques.

—Connais-je d’ignobles individus? Et osez-vous aujourd’hui, aujourd’hui, me parler ainsi?

Il jette à travers la table son sandwich mordu qui tombe dans les cerises déguisées.

—Eh! c’est d’aujourd’hui seulement que je puis vous parler ainsi, parce que c’est d’aujourd’hui que je souffre, d’aujourd’hui que je t’aime!