La flamme si particulière, proche ou lointaine, jamais décolorée, jamais morte, qui brûle et danse au fond des livres de Colette, est le clair souvenir, d'abord de ses années d'enfance.
«Je suis née seule, nous confie-t-elle pour expliquer sa façon d'être et de sentir, j'ai grandi sans mère, frère ni sœur, au côté d'un père turbulent que j'aurais dû prendre sous ma tutelle, et j'ai vécu sans amis. Un tel isolement moral n'a-t-il pas recréé en moi cet esprit tout juste assez gai, tout juste assez triste, qui s'enflamme de peu et s'éteint de rien, pas bon, pas méchant, insociable en somme et plus proche des bêtes que des hommes.»
Plus proche des bêtes que des hommes... Je crois que le secret et le meilleur de Colette est ici. Elle nous indique, au tournant de chaque page, ce qu'il y a de primitif, de primesautier, de frais, en un mot ce qu'il y a d'animal dans la personne humaine.
Amour de l'homme pour la femme, instinct, «joie intelligente de la chair qui reconnaît immédiatement son maître», Colette a peint sans fausse honte ni cynisme l'âpre et nécessaire volupté des corps que le désir, pour une minute ou l'éternité, presse l'un contre l'autre...
Toby-chien d'autre part avec Kiki-la-Doucette demeurent, parmi ses personnages à deux ou quatre pattes, ses héros favoris et les plus vivants.
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Il ne s'agit point ici de romans, d'aventures ni d'intrigues. Les sujets ne sont que des prétextes. Les livres de Colette, l'un après l'autre, constituent les mémoires d'une sensibilité que l'ombre d'un oiseau suffit à réveiller.
Mémoires d'une femme, sans fard ni pose. Mémoires du plus subjectif de nos écrivains. Recueils des sensations les plus subtiles, les plus profondes, présentées sans détours, sans ce curieux et troublant mélange d'abstraction et de réalité, sans cette transposition intellectuelle qui font le succès de nos plus jeunes auteurs, qui les caractérisent et qui déjà nous lassent.
Ici, tout est simple, clair, frémissant et chaud comme la révolte même de cette Lola qui s'écrie dans l'Envers du Music-hall: «Je ne suis pas une princesse enchaînée mais fine chienne, une vraie chienne, au cœur de chienne.»
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