Colette cueille sans les tuer, chacune par son nom, les plantes et les herbes courbées sous la fuite du vent: l'oseille sauvage, la menthe amère, les vernes à la feuille froide, le chanvre rose et la saponaire. Les Vrilles de la vigne.

Elle n'a point prêté aux bêtes une âme artificielle et symbolique. Elle s'est mise à quatre pattes pour mieux comprendre les chats que l'orage fait vibrer dans l'ombre, longuement, comme des musiques silencieuses. Elle s'est haussée sur la pointe des pieds pour mieux voir l'araignée des jardins le velours de sa panse en gousse d'ail et sa croix de Templier. La Paix chez les bêtes.

Mère,—Colette a, je crois, une fille,—elle a pris part sagement, sans sourire, aux jeux et aux joies, aux doutes et aux douleurs des âmes à peine nées, bourgeons que froisse le moindre vent et qu'un rayon de soleil suffit à épanouir. Seule, elle a pu pénétrer et nous décrire l'univers étrange et miroitant des âmes enfantines. La Maison éclairée.

Avec Willy,—le plus pauvre des collaborateurs et son mari pendant 13 ans,—elle a bâti le roman de Claudine: Claudine à l'école, Claudine s'en va, Claudine à Paris, Claudine en Ménage. Histoire d'une fillette indépendante et volontaire qui veut, à son gré, mener sa barque. Histoire de la jeune fille moderne qui a le goût de la liberté, un plus grand besoin d'air et de mouvement et qui se moque du danger, des vrilles nocturnes du danger...

Son dernier livre: La Maison de Claudine est comme l'écrin de ses plus tendres souvenirs.

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On a dit de Colette qu'elle écrit «comme les arbres poussent, comme les ruisseaux coulent, comme les fleurs s'épanouissent...»

Lecteur, voici l'œuvre: un des plus beaux jardins de France.

MARCEL SAUVAGE.