—Mais, maman, l’épouvantail...

—Chut!... L’épouvantail ne le gêne pas...

—Mais, maman, les cerises!...

Ma mère ramena sur la terre ses yeux couleur de pluie:

—Les cerises?... Ah! oui, les cerises...

Dans ses yeux passa une sorte de frénésie riante, un universel mépris, un dédain dansant qui me foulait avec tout le reste, allègrement... Ce ne fut qu’un moment,—non pas un moment unique. Maintenant que je la connais mieux, j’interprète ces éclairs de son visage. Il me semble qu’un besoin d’échapper à tout et à tous, un bond vers le haut, vers une loi écrite par elle seule, pour elle seule, les allumait. Si je me trompe, laissez-moi errer.

Sous le cerisier, elle retomba encore une fois parmi nous, lestée de soucis, d’amour, d’enfants et de mari suspendus, elle redevint bonne, ronde, humble devant l’ordinaire de sa vie:

—C’est vrai, les cerises...

Le merle était parti, gavé, et l’épouvantail hochait au vent son gibus vide.

—J’ai vu, me contait-elle, moi qui te parle, j’ai vu neiger au mois de juillet.