—Au mois de juillet!
—Oui. Un jour comme celui-ci.
—Comme celui-ci...
Je répétais la fin de ses phrases. J’avais déjà la voix plus grave que la sienne, mais j’imitais sa manière. Je l’imite encore.
—Oui. Comme celui-ci, dit ma mère en soufflant sur un flocon impondérable d’argent, arraché au pelage de la chienne havanaise qu’elle peignait. Le flocon, plus fin que le verre filé, s’embarqua mollement sur un petit ruisseau d’air ascendant, monta jusqu’au toit, se perdit dans un excès de lumière...
—Il faisait beau, reprit ma mère, beau et bon. Vint une saute de vent, une queue d’orage que la saute de vent emmena et bloqua sur l’Est naturellement; une petite grêle très froide, puis une chute de grosse neige épaisse et lourde... Des roses couvertes de neige, des cerises mûres et des tomates sous la neige... Des géraniums rouges qui n’avaient pas eu le temps de refroidir et qui fondaient la neige à mesure qu’elle les couvrait... Ce sont des tours de celui-là...
Elle désignait, du coude, et menaçait du menton le siège altier, l’invisible lit de justice de son ennemi, l’Est, que je cherchai par-delà les chaudes nues croulantes et blanches du bel été...
—Mais j’ai vu bien autre chose! reprenait ma mère.
—Autre chose?...
Peut-être avait-elle rencontré, un jour,—montant vers Bel-Air, ou sur la route de Thury,—l’Est lui-même? Peut-être un grand pied violacé, la mare gelée d’une prunelle immense avaient-ils, pour qu’elle me les décrivît, divisé les nuages?...