—Alors qu’est-ce que tu fais du Collier de la Reine?
—Il joue. C’est du roman pur.
—Et les Balzac sur Catherine de Médicis?
—Tu parles comme un enfant. Ils jouent.
—Ah! non, mon vieux, permets!...
—Mon vieux, je fais appel à ta bonne foi... Tais-toi. On marche dans la rue.
Ils ne se disputaient jamais. Allongés sur le faîte du mur, ils y cuisaient au soleil d’après-midi, discutaient avec feu et sans injures, et me concédaient une portion de la dalle faîtière, doucement inclinée. De là nous dominions la rue des Vignes, venelle déserte qui menait aux jardins potagers éparpillés dans le vallon du Saint-Jean. Mes frères se taisaient subtilement au plus lointain bruit de pas, épousaient le mur en s’aplatissant et tendaient le menton au-dessus de l’ennemi originel,—leur semblable...
—Ce n’est rien, c’est Chebrier qui va à son jardin, avertit le cadet.
Ils oublièrent un moment leur débat, et laissèrent passer sur eux l’heure encore chaude, la lumière oblique. D’autres pas, nets et vifs, sonnèrent sur les silex bossus. Un corsage lilas, un buisson de cheveux crêpelés, d’un rose de cuivre, éclairèrent le haut de la rue.
—Hou! la rousse! souffla le cadet. Hou! la carotte!