—Songe donc, c’est pour être seul, loin de ces gens en sueur, pour être endormi et caressé par le vent de la nuit qu’il avait brisé un carreau! Y eut-il jamais un enfant aussi sage?
Ce sage, je l’ai vu cent fois franchir la fenêtre, d’un bond réflexe, à chaque coup de sonnette qu’il ne prévoyait pas.
Grisonnant, tôt vieilli de travail, il retrouvait l’élasticité de son adolescence pour sauter dans le jardin, et ses fillettes riaient de le voir. Ses accès de misanthropie, encore qu’il les combattît, lui creusaient le visage. Peut-être qu’il trouvait, captif, son préau chaque jour plus étroit, et qu’il se souvenait des évasions qui jadis le menaient à un lit d’enfant où il dormait demi-nu, chaste et voluptueusement seul.
LES VRILLES DE LA VIGNE
Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.
Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.