TOBY-CHIEN PARLE
Un petit intérieur tranquille. A la cantonade, bruits de cataclysme. Kiki-la-Doucette, chat des Chartreux, se cramponne vainement à un somme illusoire. Une porte s’ouvre et claque sous une main invisible, après avoir livré passage à Toby-Chien, petit bull démoralisé.
Kiki-la-Doucette, s’étirant.—Ah! ah! qu’est-ce que tu as encore fait?
Toby-Chien, piteux.—Rien.
Kiki-la-Doucette.—A d’autres! Avec cette tête-là? Et ces rumeurs de catastrophe?
Toby-Chien.—Rien, te dis-je! Plût au Ciel! Tu me croiras si tu veux, mais je préférerais avoir cassé un vase, ou mangé le petit tapis persan auquel Elle tient si fort. Je ne comprends pas. Je tâtonne dans les ténèbres. Je...
Kiki-la-Doucette, royal.—Cœur faible! Regarde-moi. Comme du haut d’un astre, je considère ce bas monde. Imite ma sérénité divine...
Toby-Chien, interrompant, ironique.—... et enferme-toi dans le cercle magique de ta queue, n’est-ce pas? Je n’ai pas de queue, moi, ou si peu! Et jamais je ne me sentis le derrière si serré.
Kiki-la-Doucette, intéressé, mais qui feint l’indifférence.—Raconte.
Toby-Chien.—Voilà. Nous étions bien tranquilles, Elle et moi, dans le cabinet de travail. Elle lisait des lettres, des journaux, et ces rognures collées qu’Elle nomme pompeusement l’Argus de la Presse, quand tout à coup: “Zut! s’écria-t-Elle. Et même crotte de bique!” Et sous son poing assené la table vibra, les papiers volèrent... Elle se leva, marcha de la fenêtre à la porte, se mordit un doigt, se gratta la tête, se frotta rudement le bout du nez.