Toby-Chien, rogue.—Eh bien, rentre-le. Et laisse-moi tout à mon cuisant regret, à mes aspirations vers une vie active, vers ma vie du mois passé. Ah! les belles soirées! ah! mes succès! ah! l’odeur du sous-sol aux Folies-Elyséennes! Cette longue cave divisée en cabines exiguës, comme un rayon de ruche laborieuse et peuplée de mille petites ouvrières qui se hâtent, en travesti bleu brodé d’or, un dard inoffensif au flanc, coiffées de plumes écumeuses... Je revois encore, éblouissant, ce tableau de l’Entente cordiale où défilait une armée de généraux aux cuisses rondes... Hélas, hélas...

Kiki-la-Doucette, à part.—Toby-Chien, c’est le Brichanteau du music-hall.

Toby-Chien, qui s’attendrit.—C’est à cette heure émouvante du défilé que nous arrivions, Elle et moi. Elle s’enfermait, abeille pressée, dans sa cellule, et commençait de se peindre le visage afin de ressembler aux beaux petits généraux qui, au-dessus de nos têtes, martelaient la scène d’un talon indécis. J’attendais. J’attendais que, gainée d’un maillot couleur de hanneton doré, Elle rouvrît sa cellule sur le fiévreux corridor...

Couché sur mon coussin, je haletais un peu, en écoutant le bruit de la ruche. J’entendais les pieds pesants des guerriers mérovingiens, ces êtres terribles, casqués de fer et d’ailes de hiboux, qui surgissaient au dernier tableau, sous le chêne sacré... Ils étaient armés d’arbres déracinés, moustachus d’étoupe blonde,—et ils chantaient, attends... cette si jolie valse lente!

Dès que l’aurore au lointain paraît,
Chacun s’empresse dans la forêt
Aux joies exquises de la chasse
Dont jamais on ne se lasse!...

Ils se rassemblaient pour y tuer

...au fond des bois
Des ribambelles
De gazelles
Et de dix-cors aux abois...

Kiki-la-Doucette, à part.—Poésie, poésie!...

Toby-Chien.—Adieu, tout cela! Adieu, ma scintillante amie, Madame Bariol-Taugé! Vous m’apparûtes plus belle qu’une armée rangée en bataille, et mon cœur chauvin, mon cœur de bull bien français gonfle, au souvenir des strophes enflammées dont vous glorifiâtes l’Entente cordiale!... Crête rose, ceinture bleue, robe blanche, vous étiez telle qu’une belle poule gauloise, et pourtant vous demeuriez

La Parisienne, astre vermeil,
Apportant son rayon de soleil!
La Parisienne, la v’là!
Pour cha-a-sser le spleen
Aussitôt qu’elle est là
Tous les cœurs s’illuminent!