—Pour vivre à Paris, me confiait-elle, il m’y faudrait un beau jardin. Et encore!... Ce n’est pas dans un jardin de Paris que je pourrais cueillir et coudre pour toi, sur un petit carton, les grands grains d’avoine barbue, qui sont de si sensibles baromètres.

Je me gourmande d’avoir égaré, jusqu’au dernier, ces baromètres rustiques, grains d’avoine dont les deux barbes, aussi longues que celles des crevettes-bouquet, viraient, crucifiées sur un carton, à gauche, à droite, prédisant le sec et le mouillé. “Sido” n’avait point sa pareille pour feuilleter, en les comptant, les pelures micacées des oignons.

—Une... deux... trois robes! Trois robes sur l’oignon!

Elle laissait choir lunettes ou binocle sur ses genoux, ajoutait pensivement:

—C’est signe de grand hiver. Je ferai habiller de paille la pompe. D’ailleurs, la tortue s’est déjà enterrée. Et les écureuils, autour de la Guillemette, ont volé les noix et les noisettes en quantité pour leurs provisions. Les écureuils savent toujours tout.

Annonçait-on, dans un journal, le dégel? Ma mère haussait l’épaule, riait de mépris:

—Le dégel? Les météorologues de Paris ne m’en apprendront pas! Regarde les pattes de la chatte!

Frileuse, la chatte en effet pliait sous elle des pattes invisibles, et serrait fortement les paupières.

—Pour un petit froid passager, continuait “Sido”, la chatte se roule en turban, le nez contre la naissance de la queue. Pour un grand froid, elle gare la plante de ses pattes de devant et les roule en manchon.

Sur des gradins de bois peints en vert, elle entretenait toute l’année des reposoirs de plantes en pots, géraniums rares, rosiers nains, reines-des-prés aux panaches de brume blanche et rose, quelques “plantes grasses” poilues et trapues comme des crabes, des cactus meurtriers... Un angle de murs chauds gardait des vents sévères son musée d’essais, des godets d’argile rouge où je ne voyais que terre meuble et dormante.