—Ne touche pas!
—Mais rien ne pousse!
—Et qu’en sais-tu? Est-ce toi qui en décides? Lis, sur les fiches de bois qui sont plantées dans les pots! Ici, graines de lupin bleu; là, un bulbe de narcisse qui vient de Hollande; là, graines de physalis; là, une bouture d’hibiscus—mais non, ce n’est pas une branche morte!—et là, des semences de pois de senteur dont les fleurs ont des oreilles comme des petits lièvres. Et là... Et là...
—Et là?...
Ma mère rejetait son chapeau en arrière, mordillait la chaîne de son lorgnon, m’interrogeait avec ingénuité:
—Je suis bien ennuyée... je ne sais plus si c’est une famille de bulbes de crocus, que j’ai enterrés, ou bien une chrysalide de paon-de-nuit...
—Il n’y a qu’à gratter, pour voir...
Une main preste arrêtait la mienne—que n’a-t-on moulé, peint, ciselé cette main de “Sido”, brunie, tôt gravée de rides par les travaux ménagers, le jardinage, l’eau froide et le soleil, ses doigts longs bien façonnés en pointe, ses beaux ongles ovales et bombés...
—A aucun prix! Si c’est la chrysalide, elle mourra au contact de l’air; si c’est le crocus, la lumière flétrira son petit rejet blanc,—et tout sera à recommencer! Tu m’entends bien? Tu n’y toucheras pas?
—Non, maman...