—Alors je sonne, pour les toasts?
—Si c’est pour moi, pas la peine... Je n’ai pas faim, je vous dis.
—Vous avez goûté ailleurs, petite rosse?
—Parole, non! Je suis toute chose, je ne sais pas ce que j’ai...
Etonnée, je levai les yeux vers le visage de mon amie, que je n’avais pas encore isolé de son chapeau insensé, grand comme une ombrelle, hérissé d’une fusée épanouie de plumes, un chapeau feu d’artifice, grandes-eaux de Versailles, un chapeau pour géante qui eût accablé jusqu’aux épaules la petite tête de mon amie, sans les fameux chichis blond-suédois... Les joues poudrées de rose, les lèvres vives et fardées, les cils raidis lui composaient son frais petit masque habituel, mais quelque chose, là-dessous, me sembla changé, éteint, absent. En haut d’une joue moins poudrée, un sillon mauve gardait la nacre, le vernissé de larmes récentes...
Ce chagrin maquillé, ce chagrin de poupée courageuse me remua soudain, et je ne pus me retenir de prendre mon amie par les épaules, dans un mouvement de sollicitude qui n’est guère de mise entre nous...
Elle se rejeta en arrière en rougissant sous son rose, mais elle n’eut pas le temps de se reprendre et renifla en vain son sanglot...
Une minute plus tard, elle pleurait, en essuyant l'intérieur de ses paupières avec la corne d’une serviette à thé. Elle pleurait avec simplicité, attentive à ne pas tacher de larmes sa robe de crêpe de Chine, à ne point défaire sa figure, elle pleurait soigneusement, proprement, petite martyre du maquillage...
—Je ne puis pas vous être utile? lui demandai-je doucement.
Elle fit “non” de la tête, soupira en tremblant, et me tendit sa tasse où je versai du thé refroidi...