Mon amie Valentine écarte ses petits bras de pingouin, comiquement:

—Eh bien, voilà, justement, c’est comme un fait exprès... Figurez-vous, demain après-midi, je suis toute seule, toute seule...

—Et vous vous plaignez!...

Le mot m’a échappé... Je la sens presque triste, cette jeune poupée. Son mari absent, son amant... occupé, ses amis,—les vrais,—fêtent le Seigneur portes closes, ou filent en auto...

—Vous vouliez venir chez moi, demain, mon petit? Mais venez donc! C’est une très bonne idée.

Je n’en pense pas un mot, mais elle me remercie, d’un regard chien-perdu propre à me toucher, et elle s’en va, vite, pressée, comme si vraiment elle avait quelque chose à faire...

Dimanche.—Mon cher dimanche de paresse et de lit tiède, mon dimanche de gourmandise, de sommeil, de lecture, te voilà perdu, gâché, et pour qui? Pour une incertaine amie qui m’apitoie vaguement...

Ne t’endors pas, ma chatte grise repue, car mon amie Valentine va sonner, entrer, froufrouter, s’exclamer... Elle passera sa main gantée sur ton dos, et tu frémiras de l’échine, en levant sur elle des yeux meurtriers... Tu sais qu’elle ne t’aime guère, toi ma campagnarde à fourrure rase; elle s’extasie devant les angoras qui ont des pèlerines de colleys et des favoris comme Chauchard... Parce que tu l’as griffée un jour, elle s’écarte de toi, elle ignore ta petite âme violente, délicate et vindicative, de chatte bohémienne. Dès qu’elle viendra, tourne-lui ton dos zébré, roule-toi en turban contre mes pieds, sur le satin éraillé par tes griffes courbes qui ont la forme des épines d’églantier...

Chut! elle a sonné... La voici! Elle grelotte et pose au hasard sur ma figure son petit nez glacé,—elle embrasse si mal!

—Seigneur! votre nez a perdu connaissance, ma chérie. Asseyez-vous dans le feu, je vous en prie.