Une telle situation serait peu favorable aux libertés: il semble, quelquefois, que les empires ainsi uniformément découpés ne puissent aller que de l'anarchie au despotisme, à travers des convulsions et des ruines.

353. Tôt ou tard, des dangers sérieux résulteraient également d'une constitution d'état opposée; mais est-il donné de rester longtemps dans une situation raisonnable: l'essentiel, le possible est de ne pas trop s'écarter de cet équilibre instable où les passions humaines empêchent de séjourner.

Sitôt que l'on approche de la dernière limite des excès dans un sens, il ne faudrait pas craindre de pouvoir se retourner vers les maux opposés: si grands, si inévitables que soient ceux-ci, on ne les subirait pas de longtemps, et sans avoir traversé, pendant une courte période de bonheur, la position la plus convenable, mais où il est si difficile de se maintenir contre la tendance à de successives oscillations politiques.

Chaque époque a ses infirmités dont il faut d'abord se préoccuper: qui signalerait, aujourd'hui, le danger des écarts de la foi et du dévouement; des influences provinciales, de l'esprit de profession, de classe, de secte ou de nationalité trop exclusifs?

Sans prétendre résoudre, dans un mémoire militaire, un problème aussi complexe, aussi difficile, et qui, d'ailleurs, doit être pris de loin ou dans les circonstances les plus favorables, il convient d'insister sur son importance.

Cette grave question aurait pu être envisagée à un point de vue tout autre, mais trop étranger au sujet de ce livre pour qu'on doive en tenir compte ici.

* * * * *

354. L'humanité réagit constamment sur elle-même; quand elle n'a pas la guerre de nation à nation, elle la fait de classe à classe, de gouverné à gouvernant: ainsi les sociétés se dissolvent.

Les forces vives des peuples paraissent d'autant plus dangereuses, pour leur bonheur et leur puissance, qu'elles sont plus accumulées par l'inaction.

Il faut que les nations, aussi bien que l'homme, soient sérieusement occupées, sinon elles emploient mal leurs puissantes facultés trop longtemps oisives.