355. Pendant la paix, chacun développe son énergie, son intelligence dans les affaires; on voit grandir des réputations, des moyens d'influence et d'action, dont aucuns ne sont à la disposition du Pouvoir; celui-ci reste privé, ainsi que ses principaux agents, de la force que donne une activité fécondante; alors les gouvernements désarment plus encore vis-à-vis les mauvaises passions que contre l'extérieur; ils perdent une partie de leur puissance; ils détendent leurs ressorts.

La guerre autorise, oblige même l'État à réunir, augmenter, entretenir, perfectionner, mettre en action tous ses moyens; alors lui et ses agents occupent presque seuls la scène; les réputations, les influences sont exclusivement son partage: la force morale et l'héroïsme deviennent sa base inébranlable.

La guerre emploie au dehors les forces matérielles d'une nation, donne une noble direction à ses forces morales.

Une lutte longue et désastreuse épuise un empire; la paix prolongée lui donne, en dehors du pouvoir, un excédent de vie, de célébrités ou d'influences qui pourraient le rendre ingouvernable.

356. On a fait observer que ces préoccupations extérieures seraient indispensables là où les révolutions auraient tout détruit, tout uniformisé: à défaut d'antagonisme de classes, de sectes, de professions, de corporations, de pouvoirs, de provinces, on verrait les passions d'autant plus violentes, qu'après avoir davantage renversé, elles seraient sans frein: ne sachant plus où se prendre, puisqu'il ne resterait rien d'humain à combattre ou à détruire, elles en viendraient, peut-être, à attaquer les éternelles et divines conditions de l'existence des sociétés, qui seules subsisteraient: la famille, la propriété, la religion.

Les vœux de paix universelle et de désarmement sont donc irréalisables.

Jusqu'à ce jour, l'humanité a vécu par la famille; par les nationalités et les religions diverses.

Vouloir abaisser toutes les barrières, détruire toutes les nuances qui différencient, qui classent, qui facilitent l'équilibre du monde par l'antagonisme de ses parties; qui assurent le progrès indéfini de l'humanité par la concurrence, par la division du travail dans l'acception la plus élevée, la plus générale de ces deux mots, ce serait préparer la barbarie.

De tous les antagonismes, le moins dangereux, le plus indispensable pour le bonheur de l'humanité, c'est celui qui résulte de l'esprit de patriotisme; loi divine du la famille appliquée à l'harmonie de l'univers.

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