La question se présente bien autrement générale et importante: une de ces périodes de bonheur, rarement accordées à l'humanité, va peut-être finir; et le monde paraît vouloir rentrer dans cet état normal d'excès qui assombrit l'histoire de siècles entiers.
Sur quelques points, il se livre une lutte désespérée à l'anarchie.
Des nationalités et des gouvernements européens sont plus ou moins en péril: peu de pays pourront rester tranquilles, tant qu'on n'y aura pas vu les drames les plus sanglants: trop de ruines ou d'anxiétés n'éclaireront peut-être pas: c'est exclusivement, en vue de ces déplorables parodies, que le lugubre problème de ce livre doit offrir quelque intérêt.
Si, par exception, on parlera quelquefois de la France, ce sera pour citer son passé, pour rappeler les redoutables écueils qu'elle a plus ou moins heureusement évités; ou pour mieux constater, à l'aide d'un pays plus connu de nous, mais désormais moins intéressé dans la question, la facile application des mesures proposées.
Aucun des principes de ce livre n'est absolu ou indispensable, aucun ne peut convenir à tous les cas et dans sa généralité: mais il pourra être avantageux de les appliquer le mieux possible, dans un grand nombre de circonstances, avec les modifications que celles-ci rendent toujours nécessaires; modifications qu'il serait également difficile de prévoir et d'énumérer.
Il est peu de préceptes théoriques qui, dans un cas donné, ne deviennent plus ou moins utiles; qu'on ne s'étonne pas de leur nombre, de leur généralité absolue, de la puissance des moyens représentés: il fallait tenir compte de la diversité infinie des situations possibles; il fallait surtout avoir constamment en vue l'émeute la plus sérieuse, l'attaque la plus formidable contre la société, celle qui aurait d'autres chances de succès qu'une surprise ou un malentendu.
Heureuse la répression toutes les fois qu'elle pourra modérer la rigueur de ses moyens vis-à-vis d'une révolte moins redoutable.
La théorie n'indique que les axes des directions les plus générales, et à côté desquelles, presque toujours, le praticien doit savoir marcher ainsi que le veulent les circonstances: à mesure qu'elle descend aux détails, ses indications deviennent plus vagues, plus rares, moins complètes: elle ne donne même alors, quelquefois, que des moyennes grossières, utiles pour fixer les idées, un moment, non pour servir, en quoique ce soit, dans l'action.
Un chef utilise d'autant mieux les règles de l'art, qu'il possède à un degré plus éminent le jugement et l'énergie: ces deux qualités innées, exclusivement constitutives de l'homme d'action, échapperont toujours à toute théorie.
La science militaire peut néanmoins rappeler, avec utilité, d'habiles dispositions tant de fois recommandées, à des époques ou dans des pays divers, et par le succès, et par les hommes éminents qui les ont prises.