La détermination prise par Henri III, le 13 mai 1588, retarda la chute des Valois et sauva la monarchie française; bien que sérieusement menacée par l'esprit de trahison, la couronne devait cependant avoir encore de nombreux et éclatants jours de gloire.

La reine-mère pensait que le trône n'aurait jamais pu, au milieu du débordement révolutionnaire, et sous sa pression, se rétablir dans la splendeur qu'il eut depuis; mieux valait aborder de suite les plus redoutables difficultés que de rester dans une voie qui, éternisant la crise, conduirait tôt ou tard à une position plus désastreuse encore.

La transmission de la couronne au roi de Navarre devint possible. Nous verrons Henri, après l'assassinat du dernier Valois, combattre pendant six années, avec des succès très-divers, mais toujours en intrépide soldat et en politique consommé, le parti révolté le plus souvent maître de la capitale et appuyé par l'Espagne; il soutint cette lutte difficile jusqu'au jour où les peuples, guéris de tant d'excès anarchiques, revinrent au pouvoir légitime, en délaissant les factieux qui les exploitaient de concert avec l'étranger.

§ III.

BOURBONS.

20. En 1589, Henri IV, devenu l'héritier légitime du trône, se retire des environs de Paris au camp retranché d'Arques. Il y résiste à Mayenne et rallie quelques-uns de ses partisans ainsi qu'un renfort anglais.

Le 19 octobre, il marche sur Paris, se rend maître des faubourgs qu'il dévaste pendant quatre jours; il disperse son armée près d'Étampes, s'établit à Tours, réduit Vendôme, le Mans, Falaise et la Basse-Normandie, ayant contre lui les prêtres, les bourgeois et les paysans.

Pendant ces guerres de religion, la capitale, dévouée à la cause catholique, avait privé les huguenots d'un centre de puissance, où les autorités de la monarchie habituellement réunies obtenaient pour elle l'apparence du commandement et de l'obéissance.

Tant que les deux partis s'étaient balancés, Condé et Coligny avaient tenté en vain de se rendre maîtres de Paris; après la mort de ces chefs, les huguenots, confinés au midi de la Loire, ne durent songer qu'à se défendre.

Henri IV, dans la même position militaire, mais plus fort par son droit héréditaire, eut des chances de s'emparer de la capitale, dont la possession seule pouvait le faire roi: en dehors de celle-ci il n'était qu'un prétendant, tandis que la ligue et Mayenne y prenaient les apparences de la légitimité. C'était dans Paris, et reconnu par le Parlement, la Chambre des Comptes, la Sorbonne, que Mayenne pouvait oser se dire lieutenant-général du royaume.