Cette journée ôta à la populace de Madrid tout espoir de résister, même à nos jeunes soldats dirigés par de vieux cadres. L'un des infants dit le soir à Murat: «Enfin on ne nous répétera plus que des paysans armés de couteaux peuvent venir à bout de troupes régulières.» Les insurgés avaient perdu 400 hommes, les Français 100 soldats; mais une exagération salutaire donnait à cette journée plus d'importance; dès cet instant Murat aurait pu tout oser. Le lendemain, il fit partir sans difficulté le reste de la famille royale.
Le 4 décembre 1808, Napoléon reprit Madrid que le roi Joseph avait évacué le 2 août.
Mais, se bornant à cantonner militairement son armée dans les principaux quartiers de la ville et surtout dans les couvents; à faire opérer un désarmement général, il resta, lui et son frère, à deux lieues au dehors. Son intention était de réduire cette capitale, sous un long régime d'état de siége, avant d'y laisser rentrer le roi Joseph, dont le gouvernement n'aurait pu s'établir convenablement au milieu de l'anarchie.
Il organisa, comme noyau d'armée espagnole, 16,000 soldats d'élite presque tous étrangers.
La hauteur du Buen-Retiro fut entourée d'une enceinte, dont le parc et la fabrique de la China formaient le réduit fortifié. Celui-ci renfermait un hôpital, des magasins de matériel et de vivres considérables; le tout devait exiger une attaque régulière.
Le 22 janvier 1809, mais après les succès de la Corogne et d'Uclès, alors que l'insurrection paraissait définitivement abandonnée et vaincue, Joseph fit son entrée dans Madrid à la tête des plus belles divisions françaises.
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28. En juillet 1830, le gouvernement avait un excès de confiance; l'apparition de la troupe, jusqu'alors, avait suffi pour dissiper les plus forts rassemblements; il ne prit pas toutes les dispositions indispensables pour pouvoir tenir pendant plusieurs jours, contre une rébellion armée, au milieu d'une population généralement mal disposée; position dont personne, pour ainsi dire, n'avait encore vu d'exemple, et que l'histoire seule pouvait faire supposer possible.
Le 26 juillet 1830, des piquets commandés à la hâte par les premiers officiers qui se trouvèrent dans les casernes, furent s'établir dans les différents quartiers de Paris; ils y passèrent la nuit, sur le qui-vive et sans provisions; pendant ce temps, les curieux et mécontents s'assemblèrent et s'excitèrent autour d'eux; on brisa les réverbères et les insignes de la royauté.
Le lendemain, l'autorité, ne voyant encore qu'une émeute et non une révolution, fit soutenir ces différents piquets par des détachements d'autres corps, au fur et à mesura des progrès de la révolte et des demandes de la police.