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27. Le 1er mai 1808, les gens de la campagne, accourus dans Madrid, se joignirent aux groupes nombreux de mécontents, surtout à la Puerta del Sol, grande place centrale qui lie les rues principales de Mayor, d'Alcala, de Montera, de Las Carretas; quelques escadrons de dragons maintinrent cette multitude.
Le 2 mai, malgré les dispositions de la junte, Murat persista à faire partir le reste de la famille royale; la vue d'un aide-de-camp français, envoyé pour la complimenter, fut le signal d'une rixe qui bientôt excita un soulèvement universel.
Les révoltés firent main basse sur les militaires isolés, qui, nonobstant les ordres de l'Empereur, étaient dispersés, soit dans les maisons de la ville, soit en corvée.
Murat monte à cheval, se place, avec la cavalerie de la garde, en dehors des quartiers populeux, derrière le palais, près de la porte par laquelle devait arriver une des divisions extérieures, sur une position dominante, d'où il sera libre de déboucher dans toutes les directions.
Il fait entrer en ville et marcher sur la Puerta del Sol, par les principales communications, les différents camps extérieurs ou corps cantonnés à la circonférence.
Ces colonnes, venant à la rencontre l'une de l'autre, avaient rejeté sur la place centrale la multitude furieuse, n'ayant même plus la liberté de fuir. La cavalerie de la garde la dispersa.
La foule repoussée se réfugia dans les maisons et tira par les fenêtres; les troupes firent des exécutions. La lutte la plus opiniâtre eut lieu à l'arsenal; une partie de la garnison espagnole y était renfermée avec ordre de ne pas combattre. Des insurgés s'y portèrent, firent feu sur nos troupes, et le corps des artilleurs espagnols se trouva malgré lui engagé.
L'attaque, à découvert, d'un édifice d'où partait un feu vif de mousqueterie, nous coûta quelques hommes; nos soldats débusquèrent les défenseurs, et l'arsenal fut pris, avant que le peuple pût s'emparer des armes et des munitions.
En deux heures, cette redoutable émeute fut ainsi réprimée, mais non sans carnage; d'abord, à l'hôtel des Postes, une commission militaire faisait fusiller les paysans pris les armes à la main; la cavalerie, dans la campagne, n'accordait aucun quartier aux fuyards, les ministres espagnols et le chef d'état-major français firent cesser le combat partout, et les premiers obtinrent la fin des exécutions.