53. Une capitale ne doit être jamais abandonnée devant une émeute; on l'évacuera quelquefois en présence d'une révolution imminente.

Il ne faut quitter qu'à la dernière extrémité le bras de levier avec lequel on ébranle les provinces, encore moins le céder aux factions: un mouvement rétrograde donne aux révoltés 50,000 auxiliaires, un gouvernement et de puissantes ressources; il expose aux plus grands désastres.

54. En principe, chaque garnison ou fraction de troupe doit défendre, jusqu'à la dernière extrémité, la position qu'elle occupe et sauver à la fois, même au prix des plus grands sacrifices, la société et l'honneur militaire en péril.

Il faut surtout ne pas songer à une retraite avec une garnison nombreuse et bien établie, vis-à-vis de factieux mal armés, mal commandés, sans sympathie dans la population.

Enfants perdus d'un parti politique lui-même isolé, quelques hommes remuants deviendraient, au premier pas en arrière, le noyau de rassemblement d'une armée entière, bientôt grossie par la peur ou par un entraînement coupable. L'effet de cette reculade serait irréparable, surtout à l'égard d'une capitale où un gouvernement improvisé s'imposerait de suite.

Telles étaient les appréhensions, les vues différentes qui faisaient généralement préférer, aux hommes d'état dont nous avons parlé, le premier et le deuxième parti; le troisième n'était adopté par eux que pour le cas le plus extrême.

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55. Mais la marche générale et toute exceptionnelle des choses, en Europe, la puissance destructive des partis hostiles à la société, l'insouciance, les divisions des hommes d'ordre, peuvent donner lieu, il est vrai accidentellement, à une tout autre série de considérations.

Les grandes capitales ont toujours été les places fortes de l'esprit révolutionnaire: aujourd'hui, par suite d'une centralisation chaque jour progressive, et du rendez-vous que s'y donnent successivement les plus mauvaises passions de tous les pays, on les regarde comme un péril incessant pour les gouvernements, les nationalités et les principes sociaux.

«Un grand empire suppose une influence despotique dans celui qui gouverne (prince, ville ou province); il faut que la promptitude des résolutions supplée à la distance des lieux où elles sont envoyées; que la crainte empêche la négligence du gouverneur ou du magistrat éloigné; que la loi soit dans une seule tête; et qu'elle change sans cesse, comme les accidents, qui se multiplient toujours, dans l'État, à proportion de sa grandeur.