«MONTESQUIEU.»

56. Jusqu'à quel point convient-il désormais, et tant que cet état de choses durera, de s'y engager obstinément pour remporter une victoire, qui, certaine dans le plus grand nombre de cas, si peu prévoyant que l'on soit, laisse toujours néanmoins sous la pression plus ou moins funeste d'une démagogie audacieuse, aveuglée et qu'il est impossible d'arrêter dans ses dévastations progressives?

À quoi bon un système de défense malheureusement quelquefois stérile ou compromettant contre un ennemi qui n'a rien à perdre et est décidé à ne rien respecter; qui met habilement à profit le moindre succès; qui s'arrête, sans reculer, le jour d'une défaite, pour recommencer le lendemain; telles sont les questions que, dans toutes les armées de l'Europe, se posent aujourd'hui les militaires les plus distingués.

Les événements de Paris, de Vienne, de Berlin, de Milan, de Rome, en 1848; la pression déplorable exercée sur les corps constitués, sur les hommes les plus considérables et sur les provinces, par une minorité de factieux accourus successivement de tous les coins de l'Europe dans ces capitales; les périls auxquels des États rapidement déchus ont été exposés, ainsi que la société entière, font penser qu'il pourrait y avoir, alors, un quatrième parti à prendre pour sauver la civilisation en péril.

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57. On est même arrivé à se demander si, dans une certaine situation anormale de la société, le siège du gouvernement doit rester au milieu d'une grande capitale, foyer incessant d'agitations, place d'armes redoutable des factions antisociales.

Plusieurs de nos rois, et surtout Louis XIV, n'avaient pas hésité à résoudre négativement cette question, à l'époque où une décentralisation complète la rendait moins grave.

Napoléon fut souvent préoccupé de ces tristes idées, à diverses époques d'un règne glorieux, qui cependant avait comprimé les factions avec habileté et rétabli miraculeusement la société sur ses éternelles bases.

D'abord il pensa, pour les temps plus difficiles que ses successeurs pourraient avoir à traverser, à l'établissement solide du château du roi de Rome; projet que reprit la Restauration sous le prétexte de la caserne du Trocadéro.

En 1815, il ordonna d'importants travaux sur la butte Montmartre, travaux qui, dans une autre circonstance, disait-il, auraient une autre utilité.