Ils sont trop rapprochés de la capitale, trop inquiétants pour elle, et chacun pas assez importants, pour résister longtemps à l'influence révolutionnaire qui y surgirait.
Tout au plus les positions principales, et cependant encore trop rapprochées, de Vincennes, de Saint-Denis, du Mont-Valérien, du haut Clamart, auraient pu être fortifiées, dans ce but et avec quelque avantage, sur une plus grande échelle: elles auraient été occupées et conservées par quatre détachements d'élite.
Eu cas d'invasion étrangère, toujours malheureusement appuyée par un simulacre de parti, ces fortifications, colossales par leur étendue et les détachements qu'elles nécessiteraient, auraient une utilité toute spéciale: elles serviraient surtout contre une armée qui n'oserait pas ou ne pourrait pas réunir les immenses moyens nécessaires pour les aborder. Elles auraient toute leur incontestable valeur dans une certaine situation morale des populations. Comme ouvrages d'art, et surtout pour la rapide exécution, ces immenses travaux resteront un des monuments du dernier règne.
68. Un fait a, d'ailleurs, été constaté: c'est la répugnance du roi Louis-Philippe pour l'emploi des moyens sanglants; c'est sa persévérance à résoudre la crise, par des voies de conciliation et de légalité, même aux dépens de sa dynastie.
Si l'on ne craignait pas de paraître injuste pour de grandes infortunes, et de ne pas tenir assez de compte des impossibilités qui, vu l'étal actuel de notre société démantelée, peuvent, à une heure critique, arrêter, annihiler les plus beaux caractères, les plus nobles résolutions, ne serait-ce même pas le cas de dire: «semblables au pilote qui, environné d'écueils et assailli par la tempête, lutte, succombe ou se sauve avec l'équipage recueilli sur une mer agitée, les princes ont toujours mission de diriger, d'exciter leurs peuples, de les entraîner de force au milieu des grandes crises, et non de les abandonner à cet esprit de vertige ou de découragement qui les saisit alors: plus élevés vers la région des orages politiques ou sociaux, eux seuls peuvent leur faire tête et en triompher.»
Trop d'esprits puissants ont échoué devant le mystère d'événements si grands, si imprévus, pour que longtemps encore le vulgaire soit excusable de revenir ainsi sur ce que l'on pouvait attendre de princes tant de fois éprouvés, partout où il y avait de nobles exemples à donner, et qui avaient si bien compris les exigences, les nécessités, les rudes devoirs de leur époque.
Le 15 mars 1815, après le débarquement de Napoléon à Cannes, le duc d'Orléans conseillait au duc de Feltre, ministre de la guerre, de faire rallier la cour et le gouvernement à Lille.
«Votre Altesse ne sait pas, lui avait répondu le ministre, ce qu'est une translation semblable: nous l'avons vu, l'an dernier, lorsque nous voulûmes transférer le gouvernement impérial à Blois. La queue de nos voitures s'étendait de Paris à Vendôme. Cela est impraticable; il faut tenir à Paris, car il est impossible d'aller ailleurs.»
Le souvenir de cette conversation et des entraînements de 1815 a-t-il fatalement influé sur la conduite du roi, en février 1848?
La difficulté vraiment grande du déplacement des principaux services administratifs, des autorités, des moyens de défense ou de subsistance, au milieu d'une pareille crise, à chaque instant plus compliquée, alors que les dévouements sont déconcertés ou ébranlés, s'est-elle alors manifestée trop insurmontable?