Alors, le mieux est de rester le plus près possible de la frontière, en communication directe et facile avec les partisans que l'on conserve à l'intérieur, et la protection sur laquelle on compte, ne serait-ce que pour la surveiller.
Deux exemples, empruntés à notre histoire, malheureusement si féconde en catastrophes de ce genre, développeront suffisamment ces principes:
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70. Vers le 15 juillet 1652, la cour alarmée, à Saint-Denis, de la marche de l'archiduc avec les 20,000 soldats d'Espagne et de Lorraine, au secours des princes et de Paris révolté, décida que, le 17, elle se retirerait, sous l'escorte de 2,000 hommes, sur Lyon.
Les motifs du conseil du roi, pour prendre cette résolution, étaient d'éviter que la cour et sa petite armée de 8,000 hommes fussent enfermées entre les 20.000 Espagnols de l'archiduc, Paris révolté et les 8,000 soldats de l'armée des princes.
L'essentiel paraissait être de mettre la personne du roi en sûreté. La Normandie avait refusé de le recevoir; il y avait partout tant d'étonnement ou de rébellion que peu de villes n'eussent ouvert leurs portes aux ennemis: Lyon et ses environs étaient seuls dévoués.
M. de Turenne, arrivé le même jour à Saint-Denis, apprit ce projet et fut aussitôt le combattre, auprès du cardinal Mazarin, par les raisons suivantes:
La retraite de la cour, au midi de Paris, entraînerait infailliblement la perte des places du roi en Picardie, Champagne et Lorraine; les Espagnols s'avanceraient vers Laon, Soissons et Compiègne, positions décisives en cas de toute révolte de la capitale appuyée de l'étranger.
Ces provinces abandonnées s'accorderaient avec les Espagnols ou avec la Fronde. Les princes, ainsi établis, verraient leur force, leur réputation, leurs ressources augmenter aux dépens de celles de la couronne; le roi serait à la veille d'être entièrement chassé du royaume, et une pareille situation inspirerait la pensée de diviser la France.
Turenne conclut que le parti le plus prudent, pour le roi, était de se retirer avec sa garde à Pontoise, où il serait respecté des Parisiens, encore bienséants, quoique hostiles; au pis aller, il pouvait se réfugier dans une des places de la Somme.