Quand a la petite maison que le prince désireroit quelle ocupat, avant d'avoir reçu aucunes de vos lettres on en avoit déja loué une pour 3000 l. sur les boulvars et toutes les commodités qui s'y trouvent ne laisseroient rien à désirer à son altesse. Pour la voiture et les chevaux le prince pourra reconnoitre cela d'une autre maniére parce que nous en avons deux toutes neuves.
Comme nous sommes unies des l'enfance rien ne soroit nous séparer, nous n'avons qu'une mer que nous aimons tendrement, et deux frere mes qui par leurs états présent ne sont point dans le cas de recourir à nous, voilà toutes notre famille et notre suite et notre société ordiner.
Coique ma sœur soit un peux mieux actuelment et hor de danger cepandant la maladie un peu longue quelle a éprouvée l'a laissée dans une grande foiblesse qui la met dans l'imposibilité de rien faire qui exige de l'attention sans nuir au rétablissement de la santé c'est pourquoi M. veullez bien agréér au prince ses regrets de ne pouvoir lui écrire et recevoir en même temps de ma part les assurances etc. J'ai l'honneur d'être etc.—S... l'ainée.
P. S. Dans la première lettre que vous nous écrirez nous esperons surtout que vous nous tirerez d'incertitude en nous envoyant le non du prince, san cela le romans deviendroit froi et sans interes.
A Mademoiselle Saulnier l'aînée.
(Caillot-Duval se formalise du doute que laisse percer sa correspondante).
Nancy, le 17 novembre 1785.
Je reçois à l'instant, mademoiselle, votre lettre du 15: il m'est impossible d'y répondre en détail aujourd'hui; je me bornerai à vous observer, que j'ai lieu d'être étonné de quelques passages qu'elle contient, qui tendent à faire croire que vous regardez ceci comme un roman. Croyez que vous êtes dans l'erreur: rien n'est plus sérieux que tout ce que je vous ai écrit, et je ne vous cache pas que si le prince venoit à être instruit de la manière dont vous avez reçu ses offres, le dépit pourroit les lui faire porter ailleurs où vous pouvez croire qu'elles seroient reçues avec empressement; car je suis bien aise de vous prévenir qu'il est loin d'être habitué à des refus: ses qualités physiques et morales, le rang qu'il tient dans le monde, sont des motifs assez puissans pour qu'il ne doive pas s'y attendre. Croyez que je ne vous parle que pour votre bien, et pour celui de votre sœur: j'attends une réponse prompte et satisfaisante; car, si le prince arrivoit, je n'oserois lui montrer celle que je viens de recevoir, et pour lors votre silence seroit sûrement mal interprêté; si, contre mon attente, vous tardiez plus de huit jours à me répondre, je serois forcé de regarder votre silence comme une rupture, et d'en écrire au prince en conséquence; je prendrois ce parti-là à regret: mais mon devoir m'en feroit une loi, et vous êtes trop juste pour me blamer.
Je suis, etc.—CAILLOT-DUVAL.