Avec quelle douleur n'ai-je pas vu, à la fin du quarante-unième volume d'un ouvrage dont vous paroissez faire le cas qu'il mérite (les Contemporaines), une violente sortie[ [18] contre un opuscule de votre façon, que j'ai trouvé rempli de ce véritable sel attique, si rare de nos jours! Je veux parler de ce logogryphe que vous vous êtes permis, à si juste titre, sur le nom de M. Rétif (de la Bretonne): je suis étonné que cet auteur ait inspiré assez d'intérêt pour qu'on ait pu prendre ouvertement son parti.

Votre Voyage d'Elégie, inséré dans le dernier journal de Nancy, ne m'a point échappé: j'y ai reconnu ce folâtre enjouement qui caractérise toutes vos productions. Le nouveau trait lancé contre M. Rétif m'a paru piquant et ingénieux: j'ai été surtout enchanté de la préface, par les idées neuves et le sens moral qu'elle présente.

Si vos occupations vous permettent de me donner quelques momens, vos conseils ne pourront qu'être du plus grand secours à un jeune débutant dans la carrière des lettres.

J'ai l'honneur d'être, etc.—CAILLOT-DUVAL.

P. S. Je vais mettre la dernière main à un ouvrage sur lequel je serai enchanté d'avoir votre opinion.


Réponse

Abbeville, le 2 octobre 1785.

Je suis bien sensible, monsieur, à vos éloges; je vous prie d'en recevoir tous mes remercîments. Je sais cependant assez m'apprécier, pour être persuadé que je ne mérite point les choses flatteuses que vous m'écrivez. Je ne suis que médiocrement lettré, et mon état qui prend presque tout mon temps, m'ôte l'espoir d'acquérir plus de talent.

Quoique les ouvrages de M. Rétif me paroissent susceptibles de critique, à bien des égards, j'ai peut-être eu tort de lui déclarer la guerre. «C'est un méchant métier que celui de médire.»