Telle est, mademoiselle, la lettre que Son Altesse m'ordonne de vous faire passer: je ne vous l'envoie pas en original, ses ordres portant expressément de la faire copier; elle a les plus grands ménagemens à garder jusqu'à son arrivée en France. Monseigneur compte se fixer à Paris jusqu'au mois de juillet; de là revenir à Plombières, où il rejoindra la princesse son auguste épouse, dont l'état ne lui permet pas de se rendre à Paris, et qui passera l'hiver ici.
Je ne vous parle pas du personnel de Son Altesse; vous en jugerez: si vous voulez me témoigner de la confiance, je vous donnerai, avec franchise, tous les détails que vous pourrez désirer. Je suis attaché au prince depuis son enfance; je l'ai vu naître, et il n'a rien de caché pour moi; je vous dirai même que c'est à moi que vous devez cette bonne fortune. J'ai eu le plaisir de vous voir plusieurs fois, il y a deux ans: quoique je ne vous aye jamais parlé, je vous rappellerai des circonstances qui vous en feront ressouvenir.
Vous voudrez bien m'adresser votre réponse ici, et y joindre celle pour le prince, cachetée avec enveloppe. Il ne veut se nommer que lorsqu'il connoîtra vos sentimens favorables ou contraires; il sent, ainsi que moi, que vous pourriez avoir des engagemens impossibles à rompre.
J'ai l'honneur d'être, etc.—CAILLOT-DUVAL.
Réponses de Saulnier cadette au prince et de Saulnier aînée au chambellan; la première est incluse dans la seconde:
Paris, le 3 novembre 1785.
Monseigneur, je fais un effort sur moi-même pour répondre à ce que vous daignez me faire écrire: je suis pénétrée d'un pareil honneur; la lettre de ma sœur expliquera mieux mes sentimens.
Monseigneur,
de votre altesse
la très-humble servante.—SAULNIER cadette.