CORRESPONDANCE
I

Sous le masque d'un prince russe et d'un chambellan à tout faire, Caillot-Duval entre en négociations avec une danseuse de l'Opéra.

A Mademoiselle Saulnier[ [8] de l'Opéra, à Paris.

Dresde, le 12 octobre 1785.

La haute réputation, mademoiselle, dont vous jouissez à si juste titre, n'est pas bornée à la France seule; elle a pénétré jusqu'aux glaces du Nord: vous le croirez sans peine, si vous vous rendez justice. Vos talents supérieurs, vos grâces nobles et piquantes subjugueroient le cœur le plus insensible. J'en viens au fait, mademoiselle: retenu dans une cour d'Allemagne, je compte n'être à Paris que dans le mois de janvier. Je ne vous demande point de préférence exclusive, mais simplement de me recevoir avec bonté. J'ai l'amour-propre de croire que lorsque j'aurai l'avantage d'être connu de vous, mes tendres sentimens vous arracheront un aveu qui fera le bonheur de ma vie.

Mon chambellan, qui est avec mes équipages à Nancy, pour y attendre la princesse mon épouse, qui doit y passer l'hiver, vous fera parvenir ma lettre.


(Cette première lettre non signée est incluse dans la suivante qui contient les explications complémentaires de Caillot-Duval):

Nancy, le 1er novembre 1785.