—Vous pourrez lui donner des nouvelles de Mr son frère, puisque vous avez eu le bonheur de le voir, il y a quinze jours! dit Floche au Peintre. Cela nous mettrait en relations... en bons termes, même. Et elle pourrait nous procurer des indulgences et des prières pour toutes nos familles.
Ils entrèrent. Dans un buffet, quelques vaisselles usuelles s'amoncelaient, bols pots, cafetières, assiettes, etc. Floche, que hantait toujours l'idée de l'occasion, avisa un huilier en terre de pipe, d'une jolie couleur ivoire et auquel une statuette centrale donnait quelque tournure XVIIIe siècle.
—Oh! ma chère, quelle merveille! Croyez-vous qu'on me vendrait cet huilier? Est-il de l'époque? Et que faut-il en offrir?
Elle avait la parole courte et essoufflée des gens auxquels la seconde qui passe paraît décisive pour la conclusion de la «bonne affaire».
—Peuh! fit Avertie, ça m'a l'air douteux, ce bibelot avec sa Suissesse! Et puis s'embarrasser d'un colis fragile jusqu'à Paris...
—Mais j'y tiens, moi! C'est une merveille, je vous dis! Voyons, répondez! Descendez-donc un peu de votre grandeur dédaigneuse... Combien dois-je lui offrir?
—Dix francs, décida Avertie.
—Dix francs! Vous n'y pensez pas! C'est beaucoup trop cher!
Avertie et le Peintre, honteux de la tournure qu'allait prendre le marchandage, sortirent de l'auberge. Par les fenêtres ouvertes, ils entendirent la voix de Floche: «Madame, voulez-vous me vendre votre huilier? Je vous en offre trois francs.» Et elle devait lever trois doigts et les secouer devant le nez de la sœur du Pape.
—Il est à vous! répondit la vieille, simplement.