—Floche, mon amie, voyez-vous, le Peintre a dû enfin dompter «le Malin».
—Le Malin? demanda Floche inquiète, qu'appelez-vous le «Malin»?
—Ah voilà! répondit Avertie en la scrutant dans les yeux. Le Malin, c'est quelque chose qui se trouve dans les coulisses des petits théâtres de Lombardie...
Puis elle fit une pirouette et laissa Floche à sa confusion.
Après s'être concertés sur le tour qu'ils feraient pour rejoindre Vérone, les Pèlerins commandèrent une voiture. Floche, affolée par le lucre et les faïences, voulait se rendre directement à Bassano, où une remarquable fabrique de majolique (d'après les gens du pays) devait lui tourner la tête. Là elle ferait enfin toutes ses emplettes, souvenirs destinés à ses petites amies et connaissances. Avertie, qui n'avait nulle envie d'aller voir faire des pots, les pria de la laisser, en passant, à Possagno, où quelques fresques et les œuvres de Canova l'intéressaient... Le sort en était jeté. Elle attendrait Dick.
Une superbe calèche garnie de damas, cramoisi cette fois, avança devant l'auberge. Les chevaux avaient des harnais chamarrés de cuivreries, et des guides de grosse laine rouge tressée. Sur le sommet du collier pointu, une clochette enfermée dans une sorte de petite casserole faisait un bruit de messe.
Floche fut prête, ce jour-là, avant l'heure; astiquée, harnachée, déjà sur le marchepied, elle s'écria:
—Voyez! l'amour des voyages me prend! D'ailleurs, l'amour a toujours fait faire des prodiges...
Et son œil se mouilla aux regards du Peintre. Celui-ci, d'une bonne humeur délicieuse, répondit galamment, sur un ton pointu à l'unisson de la petite casserole des colliers.
Tandis que la calèche traversait les rues d'Asolo, toutes fraîches encore au réveil, Avertie se pencha vers ces choses charmantes que jamais, sans doute, elle ne reverrait.