Dans la vieille cour renaissance d'un couvent de Carmélites, des paons steppaient au soleil; ils enchâssaient leurs riches couleurs dans les fers des balustrades, comme en des verrières auxquelles les Alpes faisaient un fond bleu attendri.
Sur la route, le paysage se déroula, ordinaire; ainsi fut-il de leur conversation.
Floche demanda à propos des médailles de saint Antoine:
—Y a-t-il des fabriques d'aluminium à Possagno?
—... D'aluminium? répondit Avertie. À quel propos? Possagno, c'est la patrie de Canova...
—Mais, c'est vous, ma chère, qui m'avez dit qu'en Italie il y avait beaucoup d'aluminium! Nous touchons à la fin du voyage, et je n'ai vu, en somme, de ce métal, que les petites médailles de Padoue!
—Moi? Parler ainsi d'aluminium en Italie! Vous m'étonnez. C'est peut-être le Peintre qui vous a parlé d'alumine?
—Oh! pas du tout! protesta Floche. Je sais ce que je dis, car je recueille toutes vos paroles comme les apôtres celles de Notre Seigneur.
À Possagno, devant la maison de Canova, Avertie descendit la dernière de voiture. Sur les larges degrés formés de galets pointus, elle se crut aussi grande et longue que les femmes du Tintoret dans l'église de la Madona.
La maison de Canova était solitaire et intime. Dans une sorte d'atelier blanc, on avait réuni ses œuvres reproduites en plâtre. Avertie les regarda vaguement, car son esprit était inquiet. Elle laissa Floche épuiser les ressources du catalogue, sans daigner même sourire à ses remarques saugrenues: elle se hâta de sortir pour jeter un coup d'œil sur l'endroit où elle passerait la soirée avec celui qu'elle avait appelé.