Deary?

Le mot caressa son oreille et tomba dans son cœur. Elle se leva. Au bout de l'allée, Dick venait doucement vers elle, les bras ouverts. Comme ils étaient de la même taille et qu'ils s'aimaient, du seul fait de s'être rencontrés, leurs bouches se trouvèrent jointes et leurs bras et tout leur corps. Quelle chère étreinte, sous l'ombre du pin parasol! Les bras enlacés, serrés l'un contre l'autre, ils errèrent, sans rien voir du jardin sauvage et charmant. Ils passèrent ainsi devant la maison qu'Avertie proposa de visiter.

Basse et sympathique, propre et très blanche, entièrement meublée à l'Empire, elle avait l'air encore habitée. Sans doute le soleil, qui entrait abondamment par les croisées ouvertes et l'emplissait de vie et de chaleur, devait être surtout son hôte familier.

Sur les murs du rez-de-chaussée, une collection de gouaches dans le genre pompéïen, et où Canova avait mis du goût et de l'intention, représentait le Marchand d'amour. Les deux amants, d'un même mouvement, se serrèrent l'un contre l'autre.

Au premier étage, la vieille femme aux clefs qui les accompagnait leur montra la chambre ensoleillée de Canova. Une indienne jaune à macarons rouges en recouvrait le meuble. Le grand lit, où, sans pudeur, leurs yeux se rencontrèrent, reluisait sous le verni de son acajou massif et confortable. De larges châssis dorés encadraient la Sorpresa, et à côté Vénus et le Satyre. Dick regardait avec complaisance le corps de Vénus et ses chairs d'abricot rosé. Une gaze jaune et si légère qu'on eût dit une buée voilait pudiquement le giron de la Déesse.

Ils s'accoudèrent à la croisée et jouèrent avec les grappes de glycines toutes chaudes de soleil et qui semblaient vivantes sous leurs doigts caressants. Le jardin embaumait et les Alpes, entrevues sous le pin parasol, attendaient, en cette fin de jour, la tardive venue du soleil couchant.

—Qu'il fait bon être ici...! murmura Dick. Du soleil, des fleurs et la Mieux Aimée! Et il embrassa doucement l'épaule d'Avertie dont la chair, comme celle de la Sorpresa, transparaissait sous le corsage.

La vieille, comprenant qu'ils ne visiteraient pas les autres appartements, leur demanda s'ils comptaient dîner et passer la nuit.

—Oui! répondit fermement Dick.

Un souper simple et bon leur fut aussitôt servi sous le cloître propice. Ils parlaient peu, se regardaient sérieusement et se serraient parfois la main à travers la petite table. Le festin expédié, ils s'en furent, penchés sur la balustrade, jouir des dernières lueurs de la journée. Dick, heureux, confiant dans l'heure prochaine, alluma une cigarette, et, tenant Avertie par la taille, s'amusa à faire passer la fumée d'orient sur la nuque vermeille. La jeune femme se plut à ce jeu qui la faisait frissonner lorsque les lèvres de Dick effleuraient une mèche folle.