—Kann nicht das tragen, zu viel! dit-il avec placidité, en montrant d'un signe de tête le tas des sacs jaunes.
—Appelez un camarade.
Avertie commence à s'échauffer. Le vieux hibou évidemment «ne veut rien savoir». Pourquoi aussi l'a-t-elle choisi tassé, et hors d'âge pour porter leurs valises? Décidément, c'est comme pour les fiacres, elle n'a pas l'œil.
Mais Floche s'en va déjeuner, tandis qu'Avertie essaye de réveiller l'énergie du vieux hibou, en promettant des sommes folles pour lui mettre un peu de cœur au ventre. À la fin, elle le menace même de ne rien donner du tout... Le vieux la plante là et s'en va.
—Ça, pour le coup, ça ne s'est jamais vu! s'écrie Avertie.
Le temps presse, cependant. Elle n'a plus que six minutes pour transborder les sacs. Sans se décourager, forte de son droit, elle demande à droite et à gauche; malheureusement, dès que les hommes d'équipe aperçoivent les nombreuses «peaux de truie», c'est comme un sort, ils hochent la tête et s'en vont d'un air mystérieux.
Il faut pourtant en finir; la sueur lui perlant au front, après des démarches d'une politesse toute XVIIIe auprès du chef de gare, Avertie apprend qu'un arrêté, daté du matin même, défend à tout porteur de se charger des «valises, colis et autres bagages à main» dépassant 0,80 x 0,50, sous peine d'être mis à pied!
Tandis que Floche, au buffet, trouvait les petits déjeuners suisses bons mais chers, on annonça le départ du train. Soudain Avertie, en bombe, tomba sur la dernière bouchée de Floche qu'elle insulta, bouscula, mais sans lui conter rien de sa déconvenue si déshonorante pour une jeune vaniteuse de son expérience des voyages. Elle la poussa enfin jusqu'aux colis, lui mit dans une main un des sacs, dans l'autre la poignée de la trop célèbre valise et à elles deux, à bras tendus et jarrets vacillants, elles enlevèrent leurs bagages devant les voyageurs, le chef de gare et les Träger ahuris.
Floche, sous le joug, se lamentait à tue tête.