—Dieu! les voyages! Ma chère, comme j'avais raison, quel martyre! Et comme je serais plus confortablement, 1, rue Gauthier-Villars!... Mais, tout de même, vous faites des progrès. Je n'eusse jamais osé vous prier d'économiser le Trinkgeld du Träger!

Une fois affalée dans le train, retrouvant, sans doute, une petite croûte parfumée aux coins de ses gencives, elle ajouta avec conviction:

—Ce petit déjeuner suisse m'a fait du bien. Cela repose après une nuit de chemin de fer. Et puis, c'était du thé de Ceylan, heureusement... moi qui ne peux supporter le thé de Chine!... le beurre, pas mauvais... J'ai mangé trois pains noirs avec des petites crottes dessus.

S'était-elle seulement aperçue, cette bonne Floche, qu'elle s'adressait à l'estomac creux d'Avertie?...

Changement de train pour le rapide Lucerne-Saint-Gothard. Avertie tombe avec son amie dans le compartiment des fumeurs: velours rouge, bagages, gentlemen anglais.

—Cette Suisse, comme elle m'ennuie, se dit Avertie. Heureusement que le printemps l'arrange un peu avec ce jaune pâle aux aiguilles des mélèzes et l'épanouissement des arbres fruitiers sur les versants. Mais qu'elle est grise et dure... comme une poire froide d'hiver!

Floche, qui se tenait dans le couloir, l'appela:

—Aimez-vous la Suisse? je ne l'aime pas, moi. C'est trop ratissé.

—Oh! je sais, répondit Avertie, que vous avez un faible pour les lieux communs.

—Des lieux communs? mais, chère amie, vous ne comprenez pas; je vous dis, au contraire, que je n'aime pas la Suisse.